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MISE A JOUR : mercredi 23 juillet 2014 - 17h:52

Obama et l’Intifada mondiale

lundi 2 septembre 2013 - 06h:26

Pr Mazim Qumsiyeh - Popular Resistance

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Il n’est pas difficile de comprendre la lutte d’influence qui se déroule en Syrie et aucun être humain digne de ce nom ne doit rester sur la touche dans un conflit qui façonnera l’avenir de notre humanité.

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Los Angeles le 31 août 2013 - Manifestation contre une attaque de la Syrie par les États-Unis - Photo : AFP/Joe Klamar

L’Intifada mondiale (soulèvement) est en train de s’étendre et elle dit non à la guerre et à l’hégémonie, et aujourd’hui, même le Président Obama chancelle sous la pression. C’est un tremblement de terre qui secoue les fondements mêmes de l’ordre établi après la Deuxième Guerre mondiale (qu’on a l’habitude d’appeler à tort « le siècle américain » alors qu’en réalité, c’est le siècle sioniste). Les opinions publiques britannique, française et américaine, longtemps exposées à la propagande sioniste ont rejoint la révolution. Les politiciens commencent à paniquer, spécialement après le vote du parlement britannique contre la guerre. C’est la première grande et stupéfiante défaite pour l’hégémonie étatsunienne et israélienne dans la politique britannique depuis la Deuxième Guerre mondiale.

Le Président Obama a été coincé après le vote britannique et les positions claires et solides du Liban, de la Syrie, de l’Iran, de la Russie, de la Chine et d’une opposition publique écrasante au sein même des États-Unis malgré les tentatives par des journalistes à la botte d’Israël comme Wolf Blitzer de CNN d’exciter les passions. Obama a aussi été stupéfié par ce que ses propres services des Renseignements lui ont rapporté sur les répercussions possibles d’une frappe militaire sur la Syrie, surtout sans mandant de l’ONU et sans le soutien de l’opinion publique américaine. Parmi ces répercussions : l’existence de fortes capacités défensives et offensives en Syrie même. Il y a eu des fuites des Renseignements selon lesquelles une incursion « test » avait échoué. Mais les répercussions débattues envisagent le renforcement, plutôt que l’affaiblissement, de l’Iran (après tout, c’est ce qui s’est produit après l’Iraq !). Le Président Obama a passé d’innombrables heures à discuter avec ses conseillers, sionistes et non sionistes, et avec les membres déterminants de son gouvernement (il y a aucun antisioniste dans son groupe). N’ayant devant lui aucune bonne option pour essayer de maintenir l’hégémonie Israël/US, Obama a décidé de ne pas décider, et il a fait dévier le débat vers le Congrès pour gagner du temps. Maintenant, c’est jusqu’au peuple américain qui dit non massivement à la guerre contre la Syrie, et qui se lève et fait pression sur le Congrès des États-Unis, occupé par les Israéliens, pour qu’il décide ce qui est bon pour les citoyens étatsuniens, et non ce qu’il perçoit comme bon pour le sionisme.

Le Président russe a parlé d’un certain nombre de points clés qu’il a qualifiés « de bon sens  » pendant qu’Obama lui, simplement, mentait. La Russie et les États-Unis s’étaient mis d’accord sur les paramètres d’une conférence politique à laquelle toutes les parties étaient invitées. La Russie a discuté avec le gouvernement syrien pour qu’il participe à cette conférence à Genève (même si la plus grande partie des Syriens sont opposés au dialogue avec des voyous soutenus par l’Occident et des mercenaires également soutenus par l’Occident. Sous la pression israélienne, l’Administration US a commencé à repenser cet accord et leurs comparses ont annoncé qu’ils ne se joindraient pas à la discussion avec leurs adversaires, à moins que ceux-ci n’aient été vaincus et n’aient capitulé ! Les forces gouvernementales syriennes ont alors gagné en dynamisme contre les rebelles extrémistes soutenus par l’Occident et les Israéliens et elles les ont acculés dans quelques rares poches. La Syrie s’est ouverte et les inspecteurs internationaux sont venus. Poutine insiste à juste titre sur cette question : dans de telles conditions, qui a intérêt à user d’armes chimiques, le gouvernement syrien, ou les rebelles pour essayer de fournir à l’Occident le prétexte permettant de vaincre un gouvernement qu’ils n’arrivent pas à vaincre eux-mêmes ? C’est une question de bon sens. La Syrie, la Russie et la Chine et toute l’humanité demandent avec logique : si les États-Unis détiennent la preuve que le gouvernement syrien a utilisé des armes chimiques pour attaquer son propre peuple (donc ses propres soldats), alors qu’ils nous donnent cette preuve. Ils demandent, à juste titre, pourquoi le mandat des inspecteurs de l’ONU a-t-il été limité à savoir seulement s’il (le gouvernement syrien) les a utilisées, et pas à rechercher qui pourrait les avoir utilisées. Après les mensonges des Renseignements israéliens et américains concoctés pour aller faire la guerre contre l’Iraq, ils paraissent aujourd’hui plutôt réticents à fabriquer une nouvelle fois des preuves.

Obama a menti sur beaucoup d’autres points encore, et peut-être que la seule partie de son discours qui touche à la réalité, c’est quand il reconnaît qu’il fait partie d’un système et qu’il ne peut pas prendre une décision par lui-même. Le complexe militaro-industriel est aujourd’hui trop ancré dans la politique des États-Unis pour qu’un quelconque président ne le défie. En fait, personne ne serait autorisé à devenir président, s’il devait avoir ne serait-ce qu’une infime possibilité de le défier. Aussi, Obama a déclaré : je suis avec la machine qui était en place avant que j’arrive au pouvoir, et je serai toujours avec la machine. Par là, il montre que sa campagne rhétorique sur le « changement » n’était que ce que les Américains appellent des « conneries  ». Voilà pourquoi Obama est coincé. Quand le Président Obama a rendu hommage à Martin Luther King Jr il y a tout juste une semaine, il a été hypocrite. King a prononcé une phrase restée célèbre, quand il a dit que les États-Unis étaient le plus grand pourvoyeur de violences de la terre. L’opinion étatsunienne peut, et doit, pousser Obama et le Congrès à changer, tout comme elle a poussé les politiciens précédents pour obtenir les droits civils, le droit de vote pour les femmes, la fin de la guerre au Vietnam, la fin du soutien US à l’Afrique du Sud de l’apartheid, et d’autres encore.

Le fait demeure que le pays le plus déstabilisateur au Moyen-Orient est celui-là même qui reçoit, sans conditions, des milliards de dollars de l’argent des contribuables étatsuniens. C’est l’État qui a provoqué des millions de réfugiés et qui a introduit des armes de destruction massive, dont l’arme nucléaire, au Moyen-Orient. C’est l’État qui a utilisé le phosphore blanc et l’uranium appauvri sur des populations civiles. C’est l’État qui a lancé cinq guerres et qui a fait pression, avec succès, pour que les États-Unis aillent faire la guerre dans des pays comme l’Iraq et l’Afghanistan, causant la perte de millions de vies humaines et de millions de milliards de dollars aux frais des contribuables américains. C’est l’État qui répond à tous les critères stipulés dans la Convention internationale contre les crimes d’apartheid et de discrimination raciale.

Le fait est que le plus récent des conflits inspirés par Israël ne touche pas à la forme du gouvernement en Syrie. Les dictateurs soutenus par les États-Unis et Israël dans une dizaine de pays arabes sont de loin, vraiment de loin, pires que le Bashar Assad de Syrie. Le fait demeure qu’il s’agit d’une tentative manifeste des États-Unis - à travers son secrétaire d’État sous l’influence du lobby sioniste, et avec le soutien de dirigeants fantoches dans le monde arabe - pour liquider la cause palestinienne. Les paramètres en sont clairs : liquider les droits palestiniens comme le droit des réfugiés à rentrer dans leurs foyers et à revenir sur leurs terres, limiter l’autonomie palestinienne que d’autres fantoches, palestiniens, peuvent appeler un État dans quelques parties de la Cisjordanie occupée en une confédération avec la Jordanie. Ce qui permettrait la « judaïté » de l’État d’apartheid d’Israël. Gaza serait reléguée à l’administration égyptienne ou continuerait d’être gérée comme l’a dit un dirigeant israélien : « en mettant Gaza au régime  ». Pour en arriver à ce programme, toute résistance doit être devenue vaine. Israël a créé une Commission ministérielle de haut niveau pour combattre les boycotts, désinvestissements et sanctions. Israël a dit aux États-Unis que l’axe Hezbollah/Syrie/Iran devait être anéanti. Les pays arabes potentiellement en voie de développement seront désagrégés par des conflits divers et sectaires (diviser pour régner), à commencer par l’Iraq. Ils ont pensé que la Syrie était le nouveau maillon faible et qu’ils pourraient l’éliminer comme ils l’ont fait pour la Libye. Ils ont sous-évalué le niveau du rejet de leurs plans démoniaques pour diviser pour régner.

Et ce qui s’est arrivé est tout le contraire. Un bloc de renforcement a évolué à partir de l’Iran, de l’Iraq et de la Palestine et s’est propagé dans le monde. Les efforts contre-révolutionnaires ont échoué et dans certains cas ont obtenu l’effet inverse avec l’unification et le renforcement de la résistance. Les tentatives par certains de déclencher des conflits sectaires au Liban ont échoué lamentablement. Les positions de la Chine, de la Russie, du Venezuela et d’autres gouvernements sont venues refléter le consensus international pour la résistance à l’hégémonie États-Unis/Israël. Aucun être humain et aucun gouvernement ne peut revendiquer la neutralité. La neutralité devient incompréhensible quand il existe une telle volonté de dominer le monde pour le profit de quelques-uns et aux préjudices de millions d’autres. La grande majorité des peuples, dans tous les pays (Palestine, USA, Grande-Bretagne, France, Russie, Chine, etc.) se positionne contre les tentatives sionistes d’entraîner le monde dans un conflit encore plus destructeur. Il est clair qu’une victoire de ces peuples, c’est une victoire pour la Palestine, et une victoire pour tous les peuples du monde.

Avant que de parler de démocratie en Syrie, nous devons respecter le fait que la grande majorité des peuples sur la terre insistent pour que les gouvernements occidentaux respectent la volonté de leurs propres citoyens au lieu d’essayer de les étouffer ou de les endoctriner avec leur propagande ou de les contourner afin de servir le lobby d’Israël. Avant que de parler de démocratie en Syrie, nous devons mettre fin à l’apartheid en Israël, et mettre fin aux régimes répressifs soutenus par les États-Unis et particulièrement ceux dans les pays producteurs de pétrole. Peut-être est-ce pour cela que les États du Golfe déversent tant de milliards pour financer les meurtriers chez les soi-disant « rebelles syriens » (la plupart d’entre eux s’avèrent être des mercenaires). C’est pour la même raison que Netanyahu et Obama sont l’un et l’autre si nerveux. Quand le programme étatsunien et israélien pour la liquidation de la cause palestinienne et la destruction de la Syrie échouera (car ce sera le cas), tous les paris seront alors ouverts. Le peuple se lèvera face à la tyrannie et il se lèvera pour les droits humains, et c’est pour cela que les gouvernements (US, israélien, saoudien, turc, etc.) commencent à paniquer. Ils ont de bonnes raisons de se faire des soucis car la puissance du peuple est en train de monter, et chacune et chacun d’entre nous doit y prendre sa place. Nous vous demandons de vous joindre à l’Intifada mondiale qui va libérer les opprimés comme les oppresseurs, et créer un monde meilleur pour tous.



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* Chercheur en génétique et professeur aux Universités de Bethléem et de Birzeit, après avoir enseigné aux États-Unis, le docteur Mazin QUMSIYEH est président du Centre palestinien pour le rapprochement entre les peuples. Figure importante de la résistance populaire dans laquelle il prend une part active et qu’il organise, il collabore également avec de nombreux mouvements pacifistes de la société civile, et a publié plus de 1 000 articles dans des journaux, des livres et sur l’Internet. Il est l’auteur de Une Histoire populaire de la Résistance palestinienne parue aux éditions Demi-Lune (en 2013)

De Mazin Qumsiyeh :

- Un Palestinien à Hiroshima - 6 août 2013
- Lettre de Netanyahu sur les négociations - 28 juillet 2013
- Réflexions sur l’état de notre monde - 10 juillet 2013
- La Nakba environnementale - 10 juin 2013
- L’attentat de Boston - 16 avril 2013
- La corruption - 18 mars 2013
- Repenser l’Afrique du Sud - 5 mars 2013
- Des enseignements pour le prochain soulèvement - 10 février 2013
- Ici, face à l’immoralité - 3 février 2013
- Deux jeunes enterrés - 27 janvier 2013
- Espoir de Bethléhem - 18 décembre 2012
- 650 000 colons juifs... les Printemps arabes... et la fonte des glaces - 27 juillet 2012
- Saoud et Susya - 17 juin 2012
- La Naksa - 5 juin 2012
- « Qu’advient-il d’un rêve reporté ? » - 25 mai 2012

[...]

Une interview de Mazin Qumsiyeh :

- La répression israélienne en Palestine s’aggrave - 3 mars 2010

Livre de Mazin Qumsiyeh :

- « Une histoire populaire de la Résistance palestinienne »

- Son site : http://qumsiyeh.org
- Son adresse courriel : mazin@qumsiyeh.org

31 août 2013 - Popular Resistance - Vous pouvez consulter cet article à : http://popular-resistance.blogspot....
Traduction : Info-Palestine.eu - JPP


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