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Israël veut sous-traiter l’occupation de Gaza à l’Union Européenne

lundi 9 août 2010 - 06h:53

Lamis Andoni - Al Jazeera

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Alors que la plupart des dirigeants israéliens sont réticents à l’idée de lever le blocus de Gaza, Avigdor Lieberman, ministre d’extrême-droite des affaires étrangères, préconise de placer le territoire sous surveillance internationale, écrit Lamis Andoni.

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Verra-t-on un jour prochain des soldats européens prendre la place de ce soldat israélien ?

Cette proposition, récemment révélée à la presse israélienne, ne consiste pas à libérer Gaza mais plutôt à placer ce territoire sous contrôle européen, aussi bien maritime que terrestre [mais pas aérien ?... N.d.T] avec un plan de reconstruction.

Si ce plan est mis en application, il séparera de manière permanente la bande de Gaza de la Cisjordanie, transformant cette petite bande de terre en un ghetto supervisé au niveau international - avec pour objectif d’assurer la sécurité israélienne et de contrôler la population palestinienne.

L’isolement de Gaza éloignerait encore plus la perspective d’un état palestinien contigu, comme n’importe quelle forme équitable de coexistence entre Palestiniens et Israéliens. Ce plan séparerait également les familles réparties entre Gaza et la Cisjordanie, créant une fracture permanente dans la société palestinienne et approfondissant le sentiment de morcellement.

Le Hamas devrait alors mener un projet de développement sans liens signicatifs avec le reste du peuple palestinien.

Le fardeau de Gaza

La proposition de Lieberman est à rapprocher des appels lancés par son parti, Yisrael Beituna, pour l’expulsion de la minorité arabe [palestinienne] d’Israël ainsi des Palestiniens vivant en Cisjordanie et à Jérusalem-est, car cette proposition obéit à la même vision d’un état exclusivement juif et d’une élimination des droits nationaux et des aspirations du peuple palestinien.

Car tel que ce présente ce plan, il ne peut être entièrement écarté, non seulement parce que Yisrael Beituna est un associé dans le gouvernement en place, disposant de 15 sièges sur les 120 de la Knesset, mais également parce que les dirigeants israéliens ont déjà entrepris d’isoler Gaza et sa population.

Tandis qu’Israël n’a jamais dérogé à son principe d’une occupation directe de la Cisjordanie, et cherché à en annexer des parties entières, en revanche beaucoup de dirigeants israéliens considèrent - et ont traité - la bande de Gaza comme un fardeau.

En Israël, la Cisjordanie et Jérusalem sont présentés et perçus comme composants de l’espace historique israélien, beaucoup d’Israéliens nommant la Cisjordanie par les noms bibliques de Judée et Samarie. Les dirigeants israéliens ont toujours souhaité conclure un traité avec les Palestiniens concernant la Cisjordanie et Jérusalem - en partie pour légitimer l’annexation de Jérusalem-est et de régions entières de la Cisjordanie.

Mais Gaza présente un cauchemar démographique pour Israël. En tant qu’une des zones les plus peuplées au monde - environ 1,6 million d’habitantsdans 360 kilomètres carrés [ce qui fait environ 4500 habitants au kilomètre carré...] - il est presque impossible pour Israël de transfèrer suffisament de colons dans la bande de gaza pour y assurer une majorité juive.

En 1992, pendant la première Intifada, Yitzhak Rabin, le défunt premier ministre israélien, a exprimé son souhait que Gaza « disparaisse dans la mer ». Un an après, convaincu qu’Israël ne pourrait pas continuer à contrôler la population palestinienne, il a signé les Accords d’Oslo avec Yasser Arafat, le défunt chef de l’Organisation de Libération de la Palestine [OLP].

Mais Ariel Sharon, l’ancien premier ministre israélien qui demeure toujours [depuis 5 ans] dans un état végétatif après une attaque cérébrale en 2006, a trouvé la manière de faire de Gaza, fardeau israélien, un problème palestinien. En 2005, il a ordonné un retrait unilatéral des troupes israéliennes en même temps que l’évacuation de 7000 colons juifs de la bande de Gaza, mais sans rien lâcher du contrôle israélien sur les passages terrestres, maritimes et aériens de la bande de Gaza.

Aggraver la fracture

L’ancien général, qui ne croyait pas à la nécessité de discuter avec les Palestiniens, n’a rien coordonné avec l’autorité palestinienne [PA)], élargissant de ce fait avec succès la crevasse qui existait déjà entre le Hamas et le Fatah.

Le Hamas, que cinq mois plus tôt avait remporté les élections parlementaires, a présenté la « libération » de la bande de Gaza comme « une victoire pour la résistance armée », « son succès » avec la libération de Gaza contrastant avec « l’échec » des négociations du Fatah avec Israël.

Mais Gaza est de fait restée sous occupation israélienne, permettant à Israël d’imposer un blocus complet par mer et par terre durant les trois dernières années et réduisant encore plus les liens entre le territoire assiégé et la Cisjordanie.

Israël ne serait peut-être pas parvenu à ses fins sans le concours des Palestiniens : tandis qu’Israël alimentait en combustible la division, le Hamas et le Fatah ont tristement échoué à sauvegarder l’unité nationale.

La prise de contrôle de Gaza en 2007 par le Hamas et par les armes - motivée en partie par sa crainte que le Fatah ne cherche à l’éliminer avec l’aide des Etats-Unis - a effectivement transformé la Cisjordanie et la bande de Gaza en deux entités séparées avec différents gouvernements.

Dans le cadre du plan de Lieberman, ce contexte pourrait bien être l’accomplissement de ce que Sharon a commencé et de ce que les divisions palestiniennes ont contribué à renforcer : une séparation physique et politique de la bande de Gaza par rapport au reste de la Palestine.

Protectorat européen

La proposition de Lieberman inclut plusieurs éléments qui pris ensemble ou séparément représentent une menace grave pour les Palestiniens comme pour la cause de la paix.

Le plan propose qu’Israël boucle définitivement et totalement sa frontière avec Gaza et laisse le soin à l’Union européenne [UE] de contrôler les éventuels navires transportant des armes depuis Chypre ou la Grèce vers Gaza. Il réclame également qu’une force militaire européenne soit postée à la frontière entre Israël-Gaza, et une aide militaire européenne pour empêcher la contrebande d’armes.

Il réclame aussi que l’UE finance la construction d’une nouvelle centrale électrique, d’une usine de dessalement de l’eau de mer et d’une usine de retraitement des eaux usées pour en finir avec la dépendance de Gaza par rapport à Israël pour ce qui est de l’électricité et de l’eau [Israël craint également qu’à court ou à moyen terme la pollution générale confinée pour l’instant dans le territoire assiégé ne finisse par déborder sur son propre territoire - N.d.T].

La communauté internationale, selon les prévisions, sera requise pour soutenir la construction d’habitations pour les habitants de Gaza, vraisemblablement les maisons détruites par Israël pendant sa guerre contre la bande de Gaza durant l’hiver 2008-2009.

Ainsi, tandis que Gaza pourrait, sous ce plan, devenir un peu moins pauvre, le territoire serait principalement transformé en protectorat européen et placé sous le contrôle militaire et financier d’un corps de surveillance européen qui garantirait aux Israéliens que leurs « besoins en sécurité » sont satisfaits tout en maintenant les Gazans en cage dans leur petite bande de terre [l’exemple de Srebrenica montre bien qu’une protection militaire européenne serait un leurre, et qu’Israël aurait tout loisir à tout moment - et sans craindre la moindre mesure de rétorsion - d’envahir la bande de Gaza pour y commettre ses massacres dans le cadre « d’expéditions punitives ». Soyons certains que les troupes européennes se contenteront alors au mieux de compter les points, voir collaboreront à leur manière comme le fait la FINUL au Liban - N.d.T]

Briser la volonté palestinienne

Cette proposition limite non seulement la perspective d’un état palestinien, mais elle est également conçue pour briser la volonté du peuple palestinien, réduisant celui-ci en une population préoccupée par les besoins immédiats de la vie aux dépens de ses libertés et aspirations.

Tandis qu’il pourrait fournir une trompeuse sensation de paix et de calme aux Israéliens à court terme, et soumettre temporairement la population de Gaza, ce plan obstruera définitivement les chances d’un règlement pour une paix viable et sur le long terme, et aboutira à déclencher des hostilités à la fois dans la bande de Gaza et en Cisjordanie.

Les habitants de Gaza seraient peut-être les témoins d’une amélioration de leur situation économique, mais ce sera au prix de leurs libertés et de leurs aspirations, lesquelles ne peuvent pas être satisfaites uniquement par un relatif bien-être. Les Gazans font partie d’une nation bien plus large, et n’importe quelle tentative de nier ce fait ne fera que radicaliser encore plus les Palestiniens.

La proposition peut être utile à Lieberman et à ses plans racistes, dans le cadre desquels les Palestiniens sont considérés non pas comme des personnes disposant de droits et ayant des aspirations nationales, mais comme des obstacles devant être mis de côté, ou mieux toujours, supprimés. Mais cette proposition rendrait de manière permanente les Palestiniens dépendants de la pitié des autres et affecterait de façon irréversible n’importe quelle perspectective de paix.

Mais les Palestiniens ne sont ni naïfs ni sans moyens, et il ne dépend que d’eux de rétablir la réconciliation nationale palestinienne qui rendrait insignifiantes de tels projets.

* Lamis Andoni est un analyste et un commentateur des affaires du Moyen-Orient et de la Palestine.

1° août 2010 - Al Jazeera - Vous pouvez consulter cet article à :
http://english.aljazeera.net/focus/...
Traduction de l’anglais : Naguib


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