Roulette russe au Sahel
lundi 26 juillet 2010 - 08h:27
Yazid Alilat - Le Quotidien d’Oran
Paris est en effet entièrement engagé dans une opération de libération d’un otage français kidnappé au Niger. Jeudi, l’assaut donné contre un campement d’un groupe de terroristes d’Aqmi quelque part dans le désert mauritanien pour libérer Michel Germaneau s’était soldé par un échec total. Sur place, il n’y avait pas l’ombre de traces de l’otage, commente la presse dominicale française. Et samedi, un communiqué du ministère français de la Défense dément puis confirme la participation de militaires français à l’opération menée en Mauritanie. En ajoutant qu’une autre, la vraie, était en train de se dérouler quelque part au Mali contre un campement d’Aqmi, et que la première opération menée en Mauritanie n’était qu’un « écran de fumée ». Sauf que cette opération menée par l’armée mauritanienne, appuyée par des troupes d’élites françaises, s’était soldée par la mort de six membres présumés d’Aqmi et la fuite d’autres éléments de ce groupe localisé par les RG français en Mauritanie.
Il est clair que les spécialistes du renseignement français ont fait chou blanc, sinon comment expliquer que deux opérations militaires menées presque conjointement se soient soldées par un échec retentissant, allant jusqu’à faire craindre à Marcoussis, village où habite Germaneau, « des représailles » contre l’otage français après le raid manqué. Et puis, il y a une telle confusion dans la conduite de ces deux opérations, l’une en Mauritanie, l’autre au Mali, que les observateurs ne sont pas loin de penser que les Français ont été en réalité menés en bateau du début jusqu’à la fin dans cette inquiétante opération militaire contre des groupes d’Aqmi disséminés dans le désert, à cheval entre le nord Mali, le Niger et la Mauritanie. Paris a mal préparé son coup, et, visiblement, ses informations étaient fausses. Est-ce à dire qu’il y a eu de la précipitation dans ce genre de situation de la part des Français, dos au mur par rapport à l’ultimatum du groupe d’Aqmi qui menace de tuer Germaneau lundi 26 juillet si Paris ne satisfait pas aux exigences du groupe de ravisseurs ?
Et puis, cette histoire n’est pas trop claire : pourquoi tenter de libérer par la force un otage dont on n’a plus eu de nouvelles depuis mai dernier, au risque d’attenter à sa vie, alors que dans le cas de Pierre Camatte, libéré au Mali, il y a eu négociations, libération de neuf terroristes détenus à Bamako et paiement de rançon.
Des questions qui demeurent pour le moment sans réponse, comme toutes opérations mal ficelées menées par des barbouzes, partout dans le monde.
Du même auteur :
Dangereux amalgames
Le club privé du nucléaire
Libération de Camatte : Un geste déloyal
26 juillet 2010 - Le Quotidien d’Oran - Analyse



Imprimer la page
Envoyer par mail








