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« Dôme d’acier »

vendredi 15 janvier 2010 - 06h:43

Jonathan Cook

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En plus d’isoler le Hamas de la population de Gaza, Israël espère amener Abbas ou son successeur à accepter les miettes de territoires de Cisjordanie comme Etat palestinien.

Un nouveau système de défense antimissile d’Israël va resserrer l’étau sur Gaza

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(Al-Manar)

Israël a dévoilé la semaine dernière son système de défense antimissile « Dôme d’acier », destiné à porter un coup décisif aux roquettes à courte portée du type de celles lancées sur Israël par le Hamas et le Hezbollah. A court terme, le système Dôme d’acier est censé annoncer aux communautés israéliennes proches de Gaza que la menace des roquettes a disparu, quatre ans après la victoire du Hamas aux élections palestiniennes.

Ces quatre années ont été marquées par une série de mesures peu concluantes prises par les deux côtés : le siège paralysant de la bande de Gaza par Israël n’a pas réussi à briser la volonté des habitants de Gaza ; les négociations pour la libération de Gilad Shalit, ce soldat israélien capturé par le Hamas il y a plus de trois ans, n’ont conduit nulle part ; les discussions pour la réconciliation entre les factions rivales, Hamas et Fatah, n’ont pas porté leurs fruits ; et même la sauvage offensive contre Gaza de l’année dernière, l’opération Plomb durci, n’a guère profité stratégiquement à Israël.

Aujourd’hui, Israël affirme qu’il a une carte gagnante en mains. A partir de mai, les premières batteries du système Dôme d’acier - acquises pour un coût de 200 millions de dollars - seront installées autour de la bande de Gaza pour déjouer les efforts des factions militantes, lesquelles veulent continuer leur combat contre une politique qui prive les habitants de l’enclave de tout, et surtout des produits humanitaires les plus essentiels.

Les groupes de militants à Gaza font le maximum pour conserver leur morgue. Un porte-parole du Jihad islamique déclarait la semaine dernière à Ma’an, une agence d’informations palestinienne, que le système antimissile «  ne peut pas arrêter les projectiles de la résistance », pendant que le mouvement lançait une volée soutenue de roquettes et d’obus en direction d’Israël, pour la première fois depuis l’opération Plomb durci. Ehud Barak, ministre de la Défense d’Israël, a accusé le Hamas de fermer les yeux sur ces actes.

Bien sûr, plusieurs grands points d’interrogation planent sur le projet israélien malgré tout ce que prétendent les officiels israéliens.

L’analyste Reuven Pedatzur note aujourd’hui dans le quotidien Ha’aretz qu’Israël avait colporté des « faussetés et des demi-vérités  » sur Dôme d’acier. Il souligne que le temps de vol, de quelques secondes, des roquettes pour arriver sur les communautés israéliennes proches de Gaza, comme Sderot, était plus court que le temps nécessaire à Dôme d’acier pour calculer la façon de les intercepter.

Plus révélateur encore, sur le plan économique, est-ce que cela a un sens pour Israël d’essayer de détruire ces roquettes alors que le coût de chaque missile d’interception est estimé à 100 000 dollars ?

Des analystes militaires estiment que, en outre, Israël va être obligé de dépenser 1 milliard de dollars pour les 20 batteries nécessaires à la protection des communautés israéliennes proches de Gaza, et pour d’autres dans le nord actuellement dans la ligne de tir du Hezbollah depuis le Liban. Ce coût va grimper rapidement alors que Hamas et Hezbollah augmenteront la puissance de leurs arsenaux. Un autre système, Baguette magique, pourrait abattre des missiles de moyenne portée, mais chaque interception coûte près de 1 million de dollars. Et puis, il y aura d’autres coûts à supporter quand les groupes de Cisjordanie vont commencer à lancer des roquettes, aussi.

Le siège de Gaza par Israël pourrait rapidement se voir opposé à une guerre d’usure par le Hamas et le Hezbollah qui viserait le budget Défense d’Israël - à un moment où Israël réfléchit à des aventures militaires onéreuses, plus éloignées, comme en Iran.

Néanmoins, des signes d’inquiétude se sont manifestés à Gaza au cours de la semaine passée. Des groupes militants ont à nouveau pris le risque de s’engager dans des affrontements graves avec Israël. Dimanche, Israël a prétendu que plus de 20 roquettes et obus de mortiers avaient été en quelques jours tirés depuis Gaza, pendant que, selon des sources palestiniennes, au moins 8 Palestiniens, dont un garçon de 14 ans, ont été tués par des frappes aériennes israéliennes.

Mais même si Dôme d’acier ne représente qu’un mieux dans le programme d’Israël pour la guerre psychologique contre Gaza, la pression monte assurément sur le Hamas, et sur plusieurs fronts. Israël a nettement renforcé sa mainmise sur l’enclave au cours de l’année écoulée.

L’une des mesures les plus significatives d’Israël fut d’obliger les Palestiniens à abandonner leurs terres agricoles productives de la bande de Gaza, la plupart d’entre elles étant situées à proximité de la clôture qui entoure la Bande.

Selon des dirigeants palestiniens, Gaza produisait auparavant la moitié de ses besoins en nourriture, un quart de ses un million et demi d’habitants dépendant de l’agriculture. Aujourd’hui, environ la moitié de ces terres ne sont plus exploitables. Certaines ont été rasées par l’armée israélienne pendant l’opération Plomb durci. D’autres, selon des chercheurs italiens la semaine dernière, ont été contaminées par un cocktail de métaux toxiques provenant des munitions israéliennes. Et d’autres encore sont inaccessibles car situées à l’intérieur d’une zone tampon de 300 mètres qu’Israël a imposée aux abords de la clôture côté palestinien, comme le rappelait aux Gazaouis la semaine dernière un tract largué par l’aviation israélienne. Les agriculteurs disent que, en pratique, la zone s’étend beaucoup plus profondément à l’intérieur de l’enclave.

Alors que le principal moyen de subsistance de Gaza est constamment érodé, la bouée de sauvetage que constituent les centaines de tunnels de contrebande entre l’Egypte et Rafah, sous l’unique frontière non contrôlée par Israël, risque elle aussi et de façon imminente de disparaître.

La fermeture de la frontière à Rafah était l’un des principaux objectifs de l’opération Plomb durci, mais les bombardements aériens israéliens n’ont que partiellement réussi à détruire les tunnels. Alors, l’Egypte construit maintenant un mur d’acier souterrain pour tenter de déjouer les contrebandiers. Bien que Le Caire se soit fait mitrailler de critiques pour la construction de ce mur, et qu’il réponde à ses intérêts propres en malmenant le Hamas, les forces dirigeantes derrière ce processus sont très certainement Israël et les Etats-Unis. On signale que des ingénieurs US fournissent les compétences techniques pour que le mur soit le plus efficace possible.

Un autre mur, qui sera celui-là érigé par Israël le long de la frontière avec l’Egypte, tout de suite au sud de la bande de Gaza, a été annoncé cette semaine. Bien qu’e principalement destiné à juguler le flux de réfugiés et d’immigrants qui arrivent illégalement en Israël, son autre but est de «  serrer la vis au Hamas » en fermant la seule voie pour s’introduire en Israël pour les attaques terroristes, soutenait hier Yaakov Katz, analyste au Jerusalem Post.

L’isolement grandissant de la bande de Gaza - et l’accroissement des tensions - est destiné à envoyer un message à la bande de Gaza : que le Hamas n’a rien à gagner, et tout à perdre, en résistant à l’occupation d’Israël, et que les Gazaouis ordinaires doivent tourner le dos au mouvement islamique.

Mais il y a aussi un message pour les rivaux du Hamas en Cisjordanie. Il s’agit de rappeler quotidiennement à Mahmoud Abbas, président palestinien, et à ses partisans du Fatah que leurs propres chances d’arracher des concessions significatives à Israël - par une politique de passivité - sont encore plus anémiques que celles du Hamas.

Ce qu’espère Israël, c’est que tôt ou tard, Mr Abbas, ou son successeur, se rende compte qu’il n’y a pas d’autre choix que d’accepter ces miettes de territoire de Cisjordanie qu’Israël se prépare à concéder en tant qu’Etat palestinien.

Jonathan Cook est écrivain et journaliste basé à Nazareth, Israël. Ses derniers livres sont : Israel and the Clash of Civilisations : Iraq, Iran and the Plan to Remake the Middle East (Pluto Press) et Disappearing Palestine : Israel’s Experiments in Human Despair (Zed Books).

Son site : http://www.jkcook.net/
Son courriel : jcook@thenational.ae

Il est membre du comité de parrainage du Tribunal Russell sur la Palestine dont les travaux ont été présentés le 4 mars 2009.

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Une version écourtée de cet article a été publiée dans The National à Abu Dhabi.

13 janvier 2010 - Jonathan Cook - traduction : JPP


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