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vendredi 3 septembre 2010 - 07h:31

Quel Liban après les élections législatives ? - La vie en commun des Libanais

lundi 8 juin 2009 - 10h:00

K. Habib - K. Selim/Le Quotidien d’Oran

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La logique voudrait que pour sauvegarder l’unité et la paix civile au pays du cèdre, ses acteurs politiques parviennent à s’entendre sur un gouvernement d’union nationale. [Mais] il est à craindre... que l’on assistera à la répétition d’un scénario des élections législatives palestiniennes...

Quel Liban après les élections législatives ?

par Kharroubi Habib

L’enjeu des élections lé-gislatives qui ont eu lieu hier au Liban n’est pas dans leur résultat, mais dans ce que les forces politiques libanaises qui y ont pris part décideront de faire. Avec le système complexe des quotas, marque distinctive de la démocratie libanaise, excluant que se produise une victoire éclatante et écrasante d’un des deux camps en lesquels se divise cette classe politique, la logique voudrait que pour sauvegarder l’unité et la paix civile au pays du cèdre, ses acteurs politiques parviennent à s’entendre sur un gouvernement d’union nationale. Cette solution, qui interpelle le patriotisme des forces en présence, risque malheureusement de ne pas être celle que verra le Liban post élections législatives. Et cela parce qu’il est le théâtre d’interférences étrangères qui oeuvrent à ce qu’elle ne se concrétise pas.

Il faut se souvenir que le vice-président américain, Joe Biden, a par exemple fait savoir, lors d’une visite à Beyrouth le 22 avril, soit deux semaines avant le scrutin, que «  les Etats-Unis détermineront leur programme d’aide au Liban en fonction de la composition et des politiques du prochain gouvernement ». Ce qui voulait dire que Washington n’est pas près d’accepter la présence du Hezbollah dans ce prochain gouvernement.

La mise en garde du vice-président américain est donc susceptible de conforter certaines des forces politiques bénéficiant du soutien des Etats-Unis et d’autres puissances occidentales dans leur refus d’un gouvernement d’union nationale auquel participerait le Hezbollah. Les déclarations faites avant le scrutin par des leaders de ces forces ne sont pas pour entretenir l’optimisme sur ce qui pourra advenir au pays du cèdre après les élections législatives. Il est évident que la stabilité qu’apporterait au Liban un gouvernement d’union nationale, regroupant toutes les forces politiques représentatives du damier communautaire libanais, n’arrange pas les affaires des Etats étrangers qui ont fait de ce pays l’un de leurs terrains de confrontation par acteurs politiques libanais interposés.

Il est à craindre par conséquent, si les politiques libanais persistent à s’inscrire dans la stratégie du suivisme derrière leurs « sponsors » étrangers, que l’on assistera à la répétition d’un scénario des élections législatives palestiniennes, où l’on a vu les factions s’entre-déchirer et ruiner ainsi la capacité de l’Autorité palestinienne à défendre les intérêts nationaux de son peuple.

De n’importe lequel des courants qu’elles se revendiquent, les forces politiques du Liban devraient faire prévaloir d’abord et avant tout leur « libanité ». C’est-à-dire ne pas accepter leur intrumentalisation les unes contre les autres en refusant la logique de confrontation à laquelle elles sont poussées par l’étranger. Et faire donc le choix de compromis interlibanais qui sauvegarderont l’unité et la stabilité du pays.

Analyse

La vie en commun des Libanais

par Par K. Selim

Le Liban a voté hier. Et jusqu’à l’approche de la fermeture des bureaux de vote, le scrutin s’est déroulé globalement dans le calme. C’est en soi une réussite pour les Libanais. La forte polarisation politique entre deux camps n’aura donc pas empêché un déroulement civilisé du scrutin.

A la veille des discussions de Doha qui ont permis de dégager un accord permettant un apaisement de la situation, de nombreux Libanais avaient lancé aux responsables politiques : ne revenez pas sans un accord. Hier, les électeurs, par leur comportement et en dépit de leurs visions différentes, voire divergentes de ce que doit être le Liban, ont redonné le même message. Il faudra, quelle que soit la majorité qui sortira du scrutin, préserver les règles de la vie en commun. Que l’opposition l’emporte ou non, le Liban ne peut échapper à sa sociologie.

Sa démocratie imparfaite - qui demeure sans pareille dans le monde arabe - n’y échappe pas. Nul ne peut imposer sa manière de vivre aux autres. La cause est entendue. Même le puissant Hezbollah ne cherche pas à changer la façon de vivre des autres et c’est pour cela qu’il se trouve des chrétiens et des sunnites qui votent pour lui.

La vie en commun des Libanais a moins souffert de la volonté d’une des parties à imposer son « way of life » que des crispations liées aux alliances extérieures des protagonistes de la vie politique libanaise. C’est parce que le poids des ingérences étrangères est devenu trop fort ces dernières années que les Libanais se sont pris à douter de l’avenir de leur pays. Et pourtant, en dépit d’une exacerbation des divergences politiques qui ont été attisées par l’agression israélienne, le pire a été évité. Et le pire, le Liban l’a connu : une guerre civile atroce et vaine.

Les sages dans ce pays ont compris que plus les Libanais réduisent le poids des influences extérieures et plus la « vie en commun » qui lui est si chère est forte. A la veille des élections, on a vu des responsables occidentaux s’exprimer sur un ton menaçant à l’égard des Libanais qui auraient l’outrecuidance de voter comme leur dicte leur conscience. On aura aussi vu une manipulation grossière du Der Spiegel sur une prétendue implication du Hezbollah dans l’assassinat de Rafic Hariri. L’article, qui a suscité un mépris général au Liban - ce qui est remarquable -, montre que certains sont prêts à toutes les manoeuvres pour allumer le Liban. Cela conforte l’idée que l’intérêt du Liban est de réduire le poids des ingérences extérieures dans sa vie publique.

Quelle que soit la majorité dont dispose aujourd’hui le pays, les acteurs politiques libanais ne peuvent s’ignorer et ils devront trouver le moyen d’apaiser leurs appréhensions mutuelles. Un gouvernement d’union nationale paraît être le moyen idéal de favoriser au sein des institutions un dialogue permanent. Et s’il faut s’entendre sur le fait que le Liban ne doit être aligné ni sur l’Occident ni sur l’Iran, les responsables libanais savent qu’ils doivent privilégier le consensus dans les grandes décisions. La règle du consensus peut paraître contraire à la démocratie. Mais dans le cas du Liban, elle relève pour les années à venir de l’impératif vital.

Editorial

De K. Habib :

-  Changeur d’histoire ou illusionniste ?
-  Obama à l’heure des actes
-  Obama cédera-t-il à la pression sioniste ?
-  Liban : Un article incendiaire et manipulateur
-  Liban : La démocratie à géométrie variable selon Joe Biden

De K. Selim :

-  Les mots ne suffisent pas
-  Obama n’est pas le coursier de la démocratie
-  Silence arabe
-  Fables
-  Naïvetés arabes

8 juin 2009 - Le Quotidien d’Oran


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