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Réfugiés irakiens en Syrie : toujours l’exil

mercredi 20 août 2008 - 07h:11

Bassel Oudat - Al Ahram Weekly

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C’est en grand nombre que les réfugiés irakiens restent exilés en Syrie, selon Bassel Oudat à Damas

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Un groupe d’enfants irakiens dans un centre pour réfugiés soutenu par le HCR de l’ONU à Damas en Syrie. Le HCR évalue à 500.000 le nombre d’enfants irakiens d’âge scolaire qui vivent à l’heure actuelle dans des pays voisins de l’Irak lancé un appel commun en vue d’obtenir 129 millions de dollars pour leur offrir ainsi la possibilité de recevoir une instruction. (Photo J. Wreford / UNHCR)

Près de 1,5 million d’Irakiens vivent maintenant en exil en Syrie, selon le HCR. Ils se trouvent dans plusieurs parties du pays, mais beaucoup ont opté pour Damas et pour la région du nord-est. C’est pour une raison historique qu’ils préfèrent des lieux tels que Bomkal, Haska, Qamishli et Deir Al-Zur. De nombreux clans ont été déchirés par les frontières politiques tracées en vertu de l’accord Sykes-Picot remontant à plusieurs dizaines d’années. Des clans portant des noms comme Tamim, Taghleb, Tayy, Anza et Shomar ont des membres des deux côtés de la frontière syro-irakienne.

A Damas, les Irakiens se concentrent dans trois zones principales. La première est Sayeda Zeinab, dans la partie sud de Damas, près du mausolée de la fille d’Ali, où se concentrent 350.000 irakiens. La deuxième, est à Jeramana, dans le sud-est de Damas, où vit une nombreuse population druze et chrétienne et qui regroupe à présent 200.000 irakiens. La troisième est à Barza, quartier relativement récent de Damas. Dans toutes ces zones, beaucoup de boutiques portent des noms irakiens et vous entendez l’accent irakien à tous les coins de rue.

Hassan Hadi, 39 ans, était champion de poids et haltères et de musculation chez lui. Il a maintenant un petit gymnase à Sayeda Zeinab, fréquenté principalement par des émigrés irakiens. « L’écrasante guerre sectaire nous a poussés à fuir l’Irak. Peu d’athlètes peuvent poursuivre leur carrière. C’est injuste. Le sport est une forme d’art, un appel à la beauté, à la créativité et à l’excellence » dit-il.

Les Irakiens ont afflué nombreux en Syrie les trois premières années suivant l’occupation étasunienne. Depuis, leur nombre a diminué. Ils appartenaient à toutes les ethnies et à toutes les dénominations religieuses : chiites, sunnites, chrétiens, Turcomans, Assyriens et Arabes, tous avaient une raison de partir, avec les Kurdes pour seule exception. Les chiites se sont généralement installés à Sayeda Zeinab, les sunnites dans le nord-est et les chrétiens à Jeramana.

Au début, les autorités syriennes ont permis aux immigrants irakiens d’entrer dans le pays sans restrictions. Mais quand leur nombre a commencé à gonfler, elles ont imposé des limites. Seules quinze catégories d’immigrants sont à présent accueillies sans visa. Elles comprennent les commerçants, les universitaires, les étudiants, les Irakiens ayant un conjoint syrien, les Irakiens ayant un titre de séjour dans des pays tiers. Les autres doivent se procurer un visa d’un mois qu’ils paient 50 dollars et doivent quitter le pays, le mois expiré. Ils sont immédiatement réadmis, mais doivent payer pour un nouveau visa.

Les autorités syriennes permettent aux Irakiens de travailler et de faire des affaires. Selon des sources syriennes officielles, les Irakiens exploitent quelque 10.000 sociétés en Syrie. Les élèves irakiens peuvent fréquenter les écoles syriennes et reçoivent des soins de santé subventionnés par l’Etat. Le gouvernement syrien dit qu’il dépense 1,5 milliard de dollars par an pour l’aide aux immigrants et a demandé aux donateurs de l’aider à financer les coûts. Il est évident que la faible économie syrienne ressent la pression. L’afflux d’immigrants a fait grimper les loyers en flèche. Beaucoup de Syriens disent que le chômage est en hausse et que l’infrastructure malade du pays est tendue au maximum.

Certains Irakiens ont lancé des opérations de grande envergure persuadés qu’ils risquent de rester longtemps en Syrie. Un groupe d’investisseurs et d’universitaires irakiens a créé une université privée, la Syrian International University for Science and Technology, dont le personnel est irakien à 80 pour cent. « Nous avons décidé de rester travailler en Syrie à cause des meurtres, des liquidations et du bain de sang continus dont les professeurs irakiens sont victimes chez eux. Nous préférons nous établir et travailler dans les pays arabes plutôt que de partir en Occident » dit Marie Homeid, membre du conseil d’administration de la nouvelle université.

Beaucoup d’Irakiens considèrent leur séjour en Syrie comme temporaire et beaucoup espèrent partir en Europe ou aux Etats-Unis. On compte un peu moins de 30.000 Irakiens, appartenant surtout à la classe moyenne, qui reçoivent de l’aide de différentes organisations chrétiennes.

Les réfugiés irakiens se plaignent de ce que le HCR (Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés) ne fasse pas assez pour les aider. Bien que le HCR, le Croissant rouge syrien et plusieurs ONG syriennes aient offert des secours, les réfugiés disent qu’ils ne reçoivent pas toute l’aide dont ils ont besoin. Certains disent amèrement que le gouvernement irakien n’a pas fait grand-chose pour eux, si ce n’est remercier les Syriens de leur hospitalité.

Une source à l’ambassade irakienne de Damas dit que les réfugiés ont commencé à rentrer en Irak, en partie parce que la situation est relativement plus sûre, et en partie parce qu’ils n’ont plus d’argent. Beaucoup n’ont pas trouvé de travail et tout le monde ne peut pas payer 50 dollars par mois pour rester légalement en Syrie. Fin 2007, l’ambassade irakienne a organisé ce qu’elle a appelé des « voyages de retour » gratuits vers les villes d’origine des réfugiés. Près de 120.000 irakiens ont accepté l’offre, mais certains ont dit qu’ils étaient revenus depuis, principalement à cause de la violence qui règne en Irak.

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, les Irakiens n’ont généralement pas d’activité politique en Syrie. L’une des raisons est que les autorités syriennes les surveillent étroitement afin d’anticiper tout signe de troubles.

14 - 20 août 2008. Vous pouvez consulter cet article à : http://weekly.ahram.org.eg/2008/910...
Traduction : amg


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