Info-Palestine.net


DERNIERE MISE A JOUR :
mardi 9 février 2010 - 11h:12

Vous êtes ici : Accueil > Dossiers > Les inclassables

La France génocidaire : les responsables politiques et militaires seront-ils poursuivis ?

vendredi 8 août 2008 - 07h:17

La Nuit rwandaise

Imprimer Imprimer la page

Envoyer Envoyer par mail

Destinataire  :
(email du destinataire)

De la part de 
(entrez votre nom)

(entrez votre email)



Quatorze ans après le génocide d’une partie de sa population, le Rwanda dénonce les responsabilités françaises. Il aura fallu attendre les travaux d’une commission indépendante, diligentés à Kigali depuis deux ans, pour que soit enfin dénoncé officiellement le scandale de la politique française qui a conduit et encadré le processus génocidaire de bout en bout, avant, pendant, après l’extermination de plus d’un million de tutsis en cent jours, d’avril à juillet 1994.

(JPG)

Depuis quatorze ans nombre de travaux avaient fait le point sur cette question de la responsabilité française dans l’exécution du dernier génocide du XXème siècle. La mission d’information parlementaire française, en 1998, avait évité toute accusation frontale, mais n’en avait pas moins dû reconnaître une bonne part des faits.

La Commission d’enquête citoyenne, en 2004, aura exposé méthodiquement aussi bien les responsabilités politiques que militaires, et abordait également les responsabilités médiatiques ou financières.

En 2002, dans son livre La nuit rwandaise, Jean-Paul Gouteux dressait le tableau le plus complet possible de l’implication française dans le génocide. Depuis sa disparition à l’été 2006, la revue La nuit rwandaise s’est attaché, annuellement, à faire le point de la connaissance sur cette responsabilité française, tous les 7 avril.

Et maintenant, les responsabilités sont officiellement désignées.

François Mitterrand n’aura jamais eu à répondre de ses responsabilités dans le génocide des tutsis du Rwanda, entre avril et juillet 1994. Et Nicolas Sarkozy, ministre du budget et porte-parole du gouvernement pendant le génocide ?

Après deux ans de travaux, le rapport de la commission rwandaise chargée d’enquêter sur ces responsabilités françaises est enfin publié, ce mardi 5 août 2005.

Trentre-trois hauts responsables politiques et militaires français sont visés. Ayant à répondre de crime contre l’humanité - imprescriptible.

Si Mitterrand est mort, Édouard Balladur par contre, qui était alors premier ministre, Alain Juppé, ministre des affaires étrangères, François Léotard, ministre de la défense, eux sont encore vivants. Tout comme Dominique de Villepin, qui officiait aux affaires étrangères. De même que Hubert Védrine ou Bruno Delaye, qui assistaient à l’époque la présidence de la République. Mais aussi Marcel Debarge, ministre de la coopération sous le précédent gouvernement, Jean-Christophe Mitterrand, chargé auparavant des affaires africaines à l’Élysée, ou Paul Dijoud, antérieurement directeur des affaires africaines et malgaches au ministère des affaires étrangères. Ainsi que les diplomates, Georges Martres, ambassadeur au Rwanda de 1993 ou son successeur l’année du génocide, Jean-Michel Marlaud, et le représentant de la France à l’ONU, Jean-Bernard Mérimée. Eux aussi pourraient avoir à répondre de leurs reponsabilités - imprescriptibles.

Mais il y a aussi les militaires, à commencer par l’amiral Lanxade, chef d’état-major particulier du président de la République (1989-1991), puis chef d’état-major des armées, de 1991 à 1995, et à ce titre co-responsable du Commandement des opérations spéciales, conjointement avec François Mitterrand.

En deuxième place vient le général Quesnot, qui aura été chef d’état-major particulier du président de la République après Lanxade, jusqu’en 1995, considéré comme « l’officier le plus brillant de sa génération » - et comme un idéologue particulièrement convaincu dans la gestion du dossier rwandais.

Suit le général Huchon, chef de la mission militaire de coopération entre 1993 et 1995, à ce titre « employeur » des soldats qui étaient sur le terrain. Dans l’état-major parisien, le général Germanos, sous-chef des opérations à l’état-major des armées de mai 1994 à septembre 1995 est également visé.

Sur le terrain, le lieutenant-colonel Maurin, chef adjoint des opérations auprès de l’attaché de défense de 1992 à 1994, considéré comme le chef d’état-major de fait de l’armée rwandaise qui a commis le génocide. Il succédait au colonel Chollet, chef du DAMI de mars 1991 à février 1992 et qui cumulera ensuite cette fonction avec celle de conseiller militaire du président de la République, chef suprême des FAR, et de conseiller du chef d’état-major des FAR. Mais il y avait aussi le colonel Tauzin alias Thibault, qui servait de conseiller militaire de président de la République rwandaise de 1990 à fin 1993, également chef du DAMI Panda et de l’opération chimère (22 février - 28 mars 1993). Chargé d’un commandement pendant l’opération Turquoise, à Gikongoro. Et leur prédécesseur, le colonel Canovas, qui, d’octobre à novembre 1990 remplira les fonctions d’adjoint opérationnel auprès de l’attaché de défense et conseiller de chef d’état-major de la gendarmerie.

Sans oublier l’attaché de défense, chef de la mission militaire de coopération (juillet 1991-avril 1994), le colonel Bernard Cussac. Le rapport évoque aussi son prédécesseur le colonel Galinié, attaché de défense et chef de la mission d’assistance militaire au Rwanda d’août 1988 à juillet 1991, premier commandant de Noroît d’octobre 1990 à juilet 1991 - auteur de rapports prémonitoires, annonçant le risque de génocide dès 1990. Également désignés, le colonel Jacques Rosier, entre autres chef du groupement COS pendant l’opération Turquoise, du 22 juin au 30 juillet 1994 ; le commandant de Saint Quentin, conseiller technique du commandant du bataillon Paracommando et officier instructeur des troupes aéroportées (août 1992-avril 1994), toujours là en avril 1994 ; les majors Robardey, conseiller technique pour la gendarmerie nationale (criminologie) de 1990 à 1993, ou Roux, conseiller technique du Commandant de la Garde présidentielle de juin 1991 à avril 1994 ; le capitaine Joubert, chef du DAMI Panda du 23 décembre 1992 au 18 mai 1993, puis officier de renseignements, puis chef des opérations Turquoise Gikongoro ; le colonel Sartre, chef du groupement Nord Turquoise (Kibuye) du 22 juin au 21 août 1994 ; le capitaine de frégate Marin Gillier, responsable du détachement Turquoise de Gishyita ; le lieutenant-colonel de Stabenrath, commandant de Turquoise à Gikongoro du 16 juillet au 22 août 1994 ; le colonel Hogard, chef du groupement sud Turquoise ; et le général Lafourcade, commandant en chef de Turquoise.

Qu’est-il donc reproché à tous ces individus - et à l’action de la France qu’ils représentaient ?

Le rapport dénonce, entre autres, avant le génocide, « l’appui en renseignements militaires et écoutes téléphoniques » ; les « conseils stratégiques et appui tactique » prodigués à l’armée rwandaise ; la « participation aux réunions d’évaluation et de planification stratégique » ; la « participation directe aux combats » de 1990 à 1993 ; la « participation à la formation des miliciens interahamwe et à l’autodéfense civile » ; « l’action des gendarmes français au Centre de recherche criminelle et de documentation » ; les « agressions sexuelles et viols » ; la « participation et assistance aux assassinats » ; le « soutien à une politique de massacres de masse » ; le « soutien diplomatique au régime rwandais » ; la « légitimation du discours ethniste » ; l’« appui au radicalisme ethnique ».

Et pendant le génocide ? Le « soutien politique aux organisateurs du génocide » ; l’« implication dans la formation du gouvernement intérimaire » ; le « soutien diplomatique » ; la « collaboration avec le gouvernement intérimaire » ; la « protection du gouvernement intérimaire au Conseil de sécurité » ; l’« appui militaire français durant le génocide » ; la « présence militaire français au Rwanda pendant le génocide » ; les « contacts de haut niveau entre des officiers des FAR et des officiers français » ; « des livraisons d’armes et de munitions pendant le génocide et leur utilisation ».

Pendant l’opération Turquoise, la commission dénonce la « collaboration entre militaires français et les interahamwe dans la continuation des assassinats des Tutsi » ; la « livraison de Tutsi aux miliciens et incitation aux assassinats ethniques » ; l’« implication directe des militaires français dans des actes d’assassinat » ; les « traitements cruels, inhumains et dégradants » ; « les largages par hélicoptères de Tutsi et des fauteurs de troubles dans la forêt de Nyungwe » ; les « viols et esclavage sexuel » ; la « distribution très insuffisante de vivres et de soins aux survivants du génocide » ; l’« incitation à fuir le pays » ; le « pillage des biens publics »...

Après le génocide encore, la commission relève l’« appui politique au gouvernement intérimaire et militaire aux ex-FAR et aux interahamwe après juillet 1994 » ; les « contacts officiels avec le gouvernement intérimaire en exil » ; l’« approvisionnement en armes » ; la « restructuration, réarmement et réentraînement des FAR et des interahamwe » ; l’« appui aux FAR et aux Interahamwe au Zaïre » ; la « formation des FAR et des interahamwe au Congo Brazzaville et en Centrafrique » ; les « entraves aux efforts de reconstruction du Rwanda dès juillet 1994 » ; le « blocage des fonds d’aide au redressement de la situation postérieure au génocide » ; « le révisionnisme et le négationnisme des autorités et institutions françaises » ; « une coopération avec le TPIR favorisant les intérêts des prévenus de génocide »...

En conclusion, la commission déclare que « le nombre, la convergence et la concordance de plusieurs témoignages produits sur les faits importants ainsi que leur recoupement avec des éléments d’archives et documentaires, permettent raisonnablement de tirer un certain nombre de conclusions sur la responsabilité de la France dans le génocide de 1994 au Rwanda ».

« 1. La France connaissait les préparatifs du génocide. »

« 2. La France a participé aux initiatives les plus importantes de préparation du génocide. »

« 3. La France a participé à la mise en exécution du génocide. »

« Le soutien français était de nature politique, militaire, diplomatique et logistique. »

« À l’issue de son enquête, la Commission a trouvé que l’État français a joué une part active dans la préparation et l’exécution du génocide de 1994. Au regard de la gravité des faits mais aussi après avoir pris en considération le contexte général de la question et sa complexité, la Commission » [...] « demande au Gouvernement rwandais de se réserver le droit de porter plainte contre l’État français pour sa responsabilité dans la préparation et l’exécution du génocide de 1994 au Rwanda devant les instances judiciaires internationales habilitées. »

La Commission recommande aussi au Gouvernement rwandais « de trouver un règlement diplomatique de la question avec l’Etat français dans la mesure où ce dernier est prêt à reconnaître l’entière étendue de sa responsabilité dans la préparation et l’exécution du génocide au Rwanda et de prendre les mesures de réparation conséquentes en accord avec le Gouvernement rwandais ».

Il reste à relever que le rapport de la commission rwandaise est singulièrement peu nourri sur la question du financement du génocide. Or, la commission Mucyo a eu l’occasion d’enquêter longuement sur les pièces que lui a fourni en particulier Martin Marschner. Après l’examen de celles-ci, et le rapprochement avec les éléments existants dans les archives de la Banque nationale du Rwanda, ce dernier a été invité à déposer publiquement devant la Commission. Il se trouve que ces informations pointent vers une agence parisienne de la BNP, d’où partaient les fonds qui ont permis au colonel Bagosora de se réapprovisionner en armes légères jusqu’en mai 1994. Elles sont recoupées par l’enquête d’une commission de l’ONU, publiée en 1999, qui identifiait de même la BNP-Paris comme origine du financement de ces livraisons d’armes.

Or, le dossier du financement du génocide est particulièrement signifiant en ceci qu’il révèle une responsabilité structurelle de l’État y compris à ce niveau. Il est aussi extrêmement sensible dans la mesure où il engage la responsabilité du ministre du Budget de l’époque, un certain Nicolas Sarkozy, qui a déjà pu être qualifié à ce titre de « banquier du génocide ».

Faut-il comprendre que des impératifs « diplomatiques » auraient conduit les autorités rwandaises à expurger le rapport de la Commission Mucyo de certaines accusations trop directes envers ceux qui gouvernent à Paris aujourd’hui ?

On peut par ailleurs regretter que ce rapport, prêt depuis plus de six mois, soit diffusé en cette première semaine d’août, au cœur de l’anésthésie estivale française.

Il n’en reste pas moins que nombre de responsables politiques et militaires français pourraient avoir à répondre de la politique entreprise au Rwanda il y a quatorze ans. Car « compte tenu de la gravité des faits avancés, le gouvernement rwandais demande aux autorités compétentes d’entreprendre toutes les actions nécessaires afin que les dirigeants politiques et militaires français mis en cause répondent de leurs actes devant la justice ».

Et on peut d’ores et déjà enregistrer que, sur internet, le Journal du dimanche a pu titrer un article rendant compte de la publication de ce rapport : « La France génocidaire ? »

On ne peut que se féliciter aussi qu’en réaction à cette publication, l’association Survie appelle à la création d’une commission d’enquête parlementaire.

Pour que toute la vérité soit faite.

Paris, le 5 août 2008 - Consultez le site : http://www.lanuitrwandaise.net/
Vous pouvez consulter cet article à :
http://izuba.info/Nuitrwandaise/spi...


Les articles publiés ne reflètent pas obligatoirement les opinions du groupe de publication, qui dénie toute responsabilité dans leurs contenus, lesquels n'engagent que leurs auteurs ou leurs traducteurs. Nous sommes attentifs à toute proposition d'ajouts ou de corrections.
Le contenu de ce site peut être librement diffusé aux seules conditions suivantes, impératives : mentionner clairement l'origine des articles, le nom du site www.info-palestine.net, ainsi que celui des traducteurs.
Site réalisé par : CCIFP