A Gaza on fume de la sciure...
vendredi 14 décembre 2007 - 05h:04
Juan Miguel Muñoz - El Païs
Dans le restaurant Matouk, au centre de Gaza, un serveur s’approche de l’étranger : « Pourrais-tu m’apporter depuis Jérusalem deux paquets de tabac pour les narguilés ? Je les paierai », dit le fumeur.
Le gouvernement israélien a fortement réduit le commerce de produits vitaux - aliments, combustibles et médicaments jusqu’à provoquer des situations dramatiques. De tout article dispensable, on n’a plus de nouvelles dans la bande de Gaza depuis juin. « Au lieu de mettre du tabac dans les narguilés, les gens mélangent du thé utilisé avec des essences. Beaucoup fument de la sciure », ajoute l’employé.
Le blocus économique a transformé Gaza en un lieu lugubre où les civils luttent pour subsister et où les apparences de la vie quotidienne sont déprimantes. Un territoire où seules les milices sont actives et où les commerçants ouvrent leurs magasins parce qu’il n’y a pas de différence entre s’asseoir sur un banc devant la porte de sa maison où devant la vitrine de son magasin.
Les coupures électriques sont fréquentes, bien que ne soit pas encore entrée en vigueur la dernière décision de l’exécutif hébreu : réduire la fourniture d’énergie à un territoire qui souffre déjà de manques importants depuis que l’aviation israélienne a bombardé en juin 2006 la seule centrale électrique. La livraison de combustibles a déjà été radicalement réduite. Jusqu’à dimanche dernier on recevait 30% du diesel et autres carburants nécessaires.
Depuis lors, rien. Les entreprises ont refusé d’accepter des quantités aussi ridicules. « Nous avons averti de la catastrophe prévisible et nous avons décidé de ne pas nous transformer en complices du siège », a assuré Mahmud Jazandar, le dirigeant des compagnies du secteur.
Les conducteurs font la queue devant le peu de stations encore ouvertes. Certains remplissent [des bidons] pour conserver l’essence comme un trésor. On ne sait jamais ce qu’il peut advenir.
Omar Shaban, délégué de l’ONG Oxfam, résume le tableau : « Il circule moins de 10% des automobiles et on voit déjà des personnes faisant de l’autostop. Le transport public cesse de fonctionner entre les villes de la bande de Gaza et les tarifs ont augmenté jusqu’à 50%. Les professeurs nous apprennent que l’assiduité en classe a substantiellement diminué. Il est très difficile d’arriver au travail et jusqu’aux universités ». La guerre israélienne contre le Hamas qui contrôle la Bande de Gaza se poursuit. Le prix en est payé par le million et demi de ses habitants prisonniers dans 367 kilomètres carrés.
Khalil, un homme qui travaille pour une ONG italienne, raconte l’effondrement des salaires et ses conséquences. « Il y a une année le salaire moyen tournait autour des 300 euros, aujourd’hui des milliers de personnes travaillent pour 100 euros. Des centaines d’entreprises ont fermé ; les matières premières n’entrent plus ». Et vu la pénurie de produits de base, tout est plus cher qu’en Israël. Selon les données récoltées par l’ONU, le poulet a augmenté depuis juin de 40% ; la farine de blé, de 46% ; le riz, de 20% ; le lait pour les enfants, de 7% ; l’huile d’olive, de 11% ; les bananes, de 43%, et la viande, de 33%.
« Gaza est une exploitation pour le bétail. Le monde espère-t-il que les Palestiniens vont se comporter comme des victimes dociles ? Pourquoi Europe, qui a atteint un niveau élevé en matière de droits humains, garde-t-elle le silence ? S’il elle se tait, c’est qu’elle pousse Israël à faire ce qu’il fait ». Celui qui s’exprime ainsi est Raji Sourani, le président du Centre Palestinien des Droits Humains PCHR, un quinquagénaire qui n’est pas lié à une mosquée. « Le Hamas ne me satisfait pas. Mais il faut négocier avec eux. Qu’on les aime ou non, ils seront un pilier central durant les prochaines années ».
Les gens sont irrités par l’attitude des pays européens qui disposent d’informations de première main sur la catastrophe dont souffrent les civils. Ils n’espèrent rien du gouvernement des Etats-Unis. Bien que paradoxalement, ce soit Washington qui ait pressé à Israël de permette la participation du Hamas lors des élections de janvier 2006. L’ex-premier ministre Ariel Sharon avait accepté en rechignant. Il est évident que personne n’attendait le triomphe du Hamas, et personne n’a ensuite accepté sa victoire. « Notre démocratie est une démocratie d’esclaves », affirme Raji Sourani en fureur.
* Juan Miguel Muñoz est correspondant pour le quotidien espagnol El Païs

Du même auteur :
8 décembre 2007 - El Païs - Vous pouvez consulter cet article à :
http://www-org.elpais.com/articulo/...
Traduction de l’espagnol : Claude Zurbach



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