La diplomatie suisse s’aventure dans Gaza aux mains du Hamas
vendredi 26 octobre 2007 - 07h:08
Alain Campiotti - Le Temps

Drôle de comité d’accueil ! Quand Walter Fust a traversé mardi à Erez le no man’s land entre Israël et Gaza aux mains du Hamas, des chars et des bulldozers manœuvraient sous ses yeux. Ce n’était pas en l’honneur du secrétaire d’Etat à la coopération et au développement. Juste une nouvelle opération de Tsahal dans la zone frontière, observée du ciel par un dirigeable blanc. Une volée de Qassam venaient d’être tirées en direction du territoire israélien. La réplique a été foudroyante. Mubarak Hasanat, l’un des chefs des Comités de résistance populaire, le groupe militaire le plus actif, a été tué par un missile israélien dans sa voiture sur la route côtière. La tension était d’autant plus grande en ville qu’une série d’accrochages venaient de se produire entre factions rivales.
Pour la diplomatie suisse, ce n’est pas un terrain familier. Mais dans cette partie du monde, elle a choisi de prendre des risques. Et même un double risque. Walter Fust, qui venait voir de ses yeux la dégradation des conditions humanitaires dans le territoire sous embargo, n’était pas seul à Gaza. L’ambassadeur Didier Pfirter, délégué spécial au processus de paix, y était aussi pour une mission politique qui devait être discrète. Après avoir vu à Ramallah Salam Fayyad, le premier ministre de Mahmoud Abbas, le Suisse s’aventurait sur le terrain de leur ennemi. Mais dans cette ville électrique, tout corps étranger est immédiatement repéré.
Après la victoire électorale du Hamas, en janvier 2006, la diplomatie helvétique avait pris une position en flèche. Elle constatait le choix démocratiquement fait par les Palestiniens, et elle désapprouvait le blocus mis en place par Israël, avec l’appui des Etats-Unis et de leurs alliés, pour contenir et étouffer le mouvement islamiste coupable de campagnes terroristes. C’était à ses yeux la pire attitude : il valait mieux garder le contact avec le Hamas, saisir les petites ouvertures qui apparaissaient dans son discours, et que l’accord de La Mecque conclu avec le Fatah avait confirmées. Surtout, il fallait aider la population enfermée de Gaza.
Le coup de force du Hamas, qui a rompu en juin l’accord de La Mecque et chassé le Fatah de la bande de Gaza, n’a pas modifié l’attitude de la Suisse. Elle condamne bien sûr cette action militaire. Mais elle croit que le maintien de la communication vaut mieux que la rupture ; et que l’embargo sur Gaza est totalement contre-productif.
« Avoir une vie décente »
S’il en avait eu besoin, Walter Fust aura été renforcé dans cette conviction par son passage éclair dans l’immense port où la vie est suspendue à une sourde peur. Dans les rues, des équipes payées par l’ONU tentent de faire disparaître les immondices qui s’accumulent et répandent partout une odeur de pourriture. Le secrétaire d’Etat a vu une école, le centre de santé mentale, une ONG de défense des droits de l’homme. Il a surtout eu un entretien dramatique avec le chef des opérations de l’Unrwa à Gaza, John Ging.
Cet Irlandais est un homme révolté. L’organisme chargé depuis soixante ans de soutenir les réfugiés palestiniens contribue dans l’indifférence du monde et sous blocus à nourrir mal plus de 70% de la population de Gaza (1100000 personnes). Surtout, il gère un système scolaire de 212 établissements, pour 200000 élèves, qui tourne au désastre par manque de moyens. Classes surpeuplées, dans lesquelles les élèves se succèdent par tournus, baisse dramatique du niveau en arabe et en mathématiques, interférence des groupes islamistes auprès des maîtres et des parents frustrés. « Les extrémistes sont ici une minorité, dit John Ging. L’immense majorité des Palestiniens aimeraient juste avoir une vie décente, et une école digne de ce nom pour leurs enfants. Or cette école démunie est celle de l’ONU, de tous les Etats du monde ! Si on continue dans cette voie, ces Palestiniens raisonnables deviendront eux aussi ce qu’on croit qu’ils sont au dehors : extrémistes. »
Walter Fust a promis qu’il plaiderait où il peut. En partant, il remarquait que la ville s’est remplie d’ânes : il faut se déplacer, l’essence est hors de prix. Ce que n’a pas vu le secrétaire d’Etat, c’est qu’hors des quelques grandes avenues, les rues se sont aussi peuplées de chèvres qui broutent les ordures, de poules, de canards, de dindons étiques. En revanche, contrairement aux autres villes du Proche-Orient où les chats sont chez eux, à Gaza, on n’en voit plus un seul.
Du même auteur :
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Les Palestiniens devraient coloniser la Palestine
« Pour la paix, nous les Palestiniens avons fait notre partie du chemin »
Alain Campiotti, Gaza - Le Temps, le 25 octobre 2007



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