Le Français Salah Hamouri dans les geôles israéliennes
samedi 13 octobre 2007 - 07h:01
Pierre Barbancey - L’Humanité
Il s’appelle Salah Hamouri. Il est français. Il est depuis deux ans dans une prison israélienne parce qu’il combat l’occupation de la Cisjordanie par Israël. Pourtant, le sort de Salah ne semble pas émouvoir outre mesure les autorités françaises. Accusé d’être membre du Front populaire de libération de libération de la Palestine (FPLP) et, à ce titre, contre l’occupation des territoires palestiniens, d’avoir voulu assassiner un dirigeant israélien - en l’occurrence le rabbin Yossef, leader spirituel de l’organisation Shaas -, notre compatriote est détenu depuis plus de deux ans maintenant dans les geôles israéliennes. Il doit comparaître devant la juridiction militaire israélienne, qui, en tant que force d’occupation, juge ces « délits ».
Comme l’ont dénoncé à de multiples reprises les organisations internationales des droits de l’homme (Amnesty International, FIDH...) mais également israéliennes (Gush Shalom, Betselem...), des milliers de Palestiniens sont détenus au mépris du droit international. C’est le cas de Salah Hamouri.
Sa mère, Denise Guidoux-Hamouri, remue ciel et terre pour tenter de sortir son fils de l’emprisonnement militaire. L’avocate israélienne Léa Tsémel est en charge du dossier. Denise Guidoux est maintenant en relation avec la famille du soldat israélien Guilad Shalit, fait prisonnier à la lisière de la bande de Gaza il y a maintenant plus d’un an. La France, c’est bien naturel, cherche depuis à intercéder pour permettre la libération du soldat Shalit. Qu’en est-il du jeune Hamouri ?
Obtenir sa libération sain et sauf
Suite à une interpellation de Denise Guidoux, la mère, qui s’était émue de l’absence de réaction officielle concernant un ressortissant français et de la différence d’intervention entre son fils et le soldat israélien, le ministère français des Affaires étrangères avait, à l’époque, répondu par :
« le cas du soldat franco-israélien n’est pas comparable à celui de votre fils. En effet, le soldat a été pris en otage et est actuellement entre les mains de ses ravisseurs. Nous essayons donc, en relation avec les autorités israéliennes, d’obtenir sa libération sain et sauf, comme nous le faisons pour tout Français enlevé à l’étranger, dans le cadre de l’assistance consulaire ».
La mère de Salah s’est alors tournée vers les parents de Gilad Shalit. « J’ai découvert (...) que votre fils et le mien avaient beaucoup de points communs même si tout semble les séparer, ils sont jeunes et souffrent pour leur pays, ils ont tous les deux la nationalité française, la France se doit donc de les soutenir, de les aider et d’aider leurs familles. » Pourtant, le ministère français continue comme si de rien n’était. « S’agissant de la situation de votre fils, celui-ci est emprisonné par les autorités israéliennes, dans le cadre d’une procédure judiciaire en cours, dans laquelle je vous confirme que nous ne pouvons pas interférer », explique un haut fonctionnaire du Quai d’Orsay.
Député honoraire, Jean-Claude Lefort s’est ému de cette situation. Il s’est adressé à Philippe Etienne, directeur de cabinet du ministre des Affaires étrangères (le service de presse a été contacté par l’Humanité), pour dénoncer le « silence particulièrement épais » qui entoure le cas du jeune Franco-Palestinien. Daniel Voguet, avocat français de Salah Hamouri, estime qu’« Israël, pays occupant, n’a aucune base légale pour juger un résistant » et entend s’adresser au gouvernement français pour qu’il intervienne comme il le fait pour le soldat Shalit.
Pierre Barbancey
L’Humanité, 10 octobre 2007.
« La justice militaire n’a aucun sens »
Avocate israélienne, proche des mouvements israéliens pour la paix, Léa Tsemel défend Salah Hamouri.
Salah est traduit devant une cour de justice militaire. Qu’est-ce que cela signifie ?
Léa Tsemel. Il est détenu sous l’accusation d’avoir voulu tuer une personnalité israélienne. C’est la principale charge. Nous attendons maintenant les témoignages. Mais nous savons que, pour l’instant, il n’y a aucune chance qu’il soit relâché. Le seul espoir de sa famille est qu’il puisse partir et étudier en France.
Qu’est-ce que signifie une « cour de justice militaire » ?
Léa Tsemel. Avant tout, cela veut dire qu’elle dépend des militaires, de l’armée, qui sont dans les territoires occupés. Les cours de justice militaire ont été mises en place dans les territoires dès l’occupation sous des prétextes sécuritaires. On a hésité sur l’attitude à adopter face à cette cour, car la question peut se poser : quelqu’un peut-il vraiment être certain de résister à cette déferlante ? Franchement, on n’est pas trop optimiste ! Mais on ne peut jamais être optimiste lorsque quelqu’un passe devant la justice militaire. Cette cour n’a aucune réalité au sens des organisations internationales.
Qu’est-ce que cela signifie pour un prisonnier comme Salah Hamouri ?
Léa Tsemel. Il est clair qu’il ne sera pas relâché avant que le procès soit terminé. Surtout, nous ne savons pas quelles seront les conclusions du procès.
Quelle est l’attitude de la justice israélienne face à un citoyen comme Salah, français ?
Léa Tsemel. Les charges qui sont retenues contre lui amènent, en théorie, sept ans d’emprisonnement. Le fait qu’il soit français ne signifie rien pour cette cour. Salah est de Jérusalem mais il étudiait à Bethléem. Il est un citoyen de la Cisjordanie mais les forces d’occupation n’en tiennent pas compte.
Entretien réalisé par P. B.
10 octobre 2007 - L’Humanité



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