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Venezuela : Pourquoi Hugo Chavez a remporté les élections

mercredi 10 octobre 2012 - 07h:49

Pepe Escobar

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Washington devrait se faire une raison et comprendre pourquoi le Venezuela préfère Chavez.

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Scène de liesse à Caracas - Avec plus de 7,44 millions de voix contre 6,15 millions à Henrique Capriles, Chavez rassemble plus de suffrages que lors de sa précédente réélection, en 2006, lorsqu’il avait pourtant battu l’opposant Manuel Rosales de plus de 25 points, avec 62% des voix - Photo : Tomas Bravo/Reuters

Il l’a fait. Encore une fois. Lors de la 14e élection en 13 ans, Hugo Chavez Frias - celui que les réactionnaires atlantistes détestent jusqu’à la haine - a été sans appel possible réélu président, dans des conditions absolument transparentes, contrôlées par le personnel des Nations Unies, de l’Union européenne et de l’Organisation des États Américains (OEA).

Deux élections étaient en jeu ici. Une mettait Chavez face au représentant des compradores [gros propriétaires], néolibéral et réactionnaire reconverti en démocrate, Henrique Capriles Radonski - un avocat représentant les intérêts de Washington au Venezuela. L’autre concernait la sud-Amérique progressiste face au désir de Big Brother de disposer d’un État en position de client et malléable.

Chavez a gagné d’abord parce que le projet bolivarien est populaire. Les années de chavisme - malgré tous leurs défauts et un culte effréné de la personnalité - ont permis de rétablir la souveraineté nationale vénézuélienne, de redistribuer les richesses au profit des services publics et des exclus par l’intermédiaire de missions sociales et d’un salaire minimum décent. On peut l’appeler, comme le fait Chavez, le « socialisme du 21e siècle ». En Amérique latine, selon les termes qui y prédominent, c’est certainement une voie vers une société plus égalitaire.

Dans la période qui a précédé l’élection, Chavez a mis un point d’honneur à rappeler la figure de Guacaipuro - un leader indigène qui commandait les tribus Teque et Caracas contre la colonisation espagnole - comme un symbole-clé de la résistance du Venezuela. « Nous sommes tous des Guacaipuro » était un appel qui sonnait bien, qui mettait l’accent sur ​​les racines autochtones du pays : « la résistance indigène et noire menant la lutte des opprimés ».

Pas d’analphabétisme en échange de pétrole !

Les faits sont parlants. Le Venezuela détient ce qui est maintenant reconnu comme la plus grande réserve de pétrole de la planète - encore plus que l’Arabie Saoudite. Mais jusqu’à récemment, le Venezuela était un « Graal » pétrolier, géré par l’habituelle petite élite arrogante et avide, où les masses n’avaient pas la possibilité d’un enseignement décent, d’un logement décent ou d’un salaire décent.

Le succès du chavisme est d’avoir su mettre progressivement à l’horizontal une société alors verticale. Le chavisme a consacré pas moins de 43 pour cent du budget de l’État à un éventail de politiques sociales.

Le taux de chômage est passé de plus de 20 pour cent à moins de 7 pour cent. Pas moins de 22 universités publiques ont été construites au cours des 10 dernières années. Le nombre d’enseignants est passé de 65 000 à 350 000. L’analphabétisme a été éradiqué. Et une réforme agraire est en cours - encore un rêve dans la plupart des latitudes d’Amérique du Sud.

La classe dirigeante de toute évidence n’était pas à la fête - comme elle ne l’a pas été au Brésil, en Argentine ou en Bolivie (mais elle a tout de même réussi à organiser un « coup d’État constitutionnel » au Paraguay pour renverser un gouvernement démocratique et légitime). Au Venezuela, il y a dix ans, cette même classe avait également réussi à concocter un coup de force - avec le soutien des grands médias - qui a duré trois misérables jours. Les masses ont alors dit « No Pasaran ».

Le candidat battu à la présidentielle, Henrique Capriles Radonski, soit dit en passant une sorte de nouveau né démocrate, puisqu’il avait été directement impliqué dans le coup d’État d’avril 2002 et avait même dû passer un certain temps en prison pour cette raison.

Le Venezuela a le meilleur coefficient de l’index Gini - qui signifie que c’est le pays avec le moins d’inégalités - sur l’ensemble de l’Amérique latine. Dans son rapport de janvier 2012, la Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes (connu sous son acronyme espagnol, Cepal) atteste que le Venezuela et l’Équateur, entre 1996 et 2010, étaient les champions en matière de réduction de la pauvreté à travers toutes les Amériques.

Pendant ce temps, les Américains vivant aux États-Unis pourraient être surpris de savoir que l’index Gallup a classé le Venezuela, le « 5e plus heureux pays dans le monde ». Et pas seulement à cause de la Salsa...

Pas étonnant alors que les médias aux États-Unis, en Europe occidentale et en Amérique du Sud aient colporté des histoires de Vénézuéliens rêvant d’exil et de siroter des martinis à Miami. Mais le fait est qu’un grand nombre de jeunes Espagnols sans avenir en Europe vont au Venezuela pour trouver un emploi.

La diabolisation de Chavez dans les grands médias occidentaux est pitoyablement caricaturale - comme dans la récente obstination à proclamer sa mort imminente pratiquement sur une base journalière. Il leur a été difficile d’admettre que le cancer dont souffrait Chavez a été traité avec succès par des médecins cubains.

La raison principale de l’industrie de diabolisation de Chavez, c’est qu’il refuse d’être aligné sur les fantaisies géopolitiques de Washington. Il maintient des liens à la fois proches et complexes avec les dirigeants de la Chine (le Venezuela va dans un avenir proche, fournir à la Chine un million de barils de pétrole par jour), il soutient le droit de l’Iran à un programme nucléaire civil, il a soutenu Kadhafi jusqu’au bout contre ce qu’il a considéré comme une guerre illégale de l’OTAN, il soutient le gouvernement syrien contre ce qu’il considère comme étant des terroristes salafistes-jihadistes qui tentent de le renverser, et il a été une source ininterrompue d’inspiration en Amérique latine - de la Bolivie au Nicaragua, en passant par l’Équateur.

C’est un pile ou face pour savoir si Obama version 2.0 - pour ne pas mentionner une possible administration Romney encore aujourd’hui à distance - voudra réellement « s’engager » avec le Venezuela dans des conditions de respect mutuel.

Le Chavisme rencontre le Lulismo

Le Venezuela va connaître un taux de croissance de 5 pour cent en 2012 - bien au-delà de l’Argentine (2 pour cent) et du Brésil (1,5 pour cent). Il s’agit d’une économie partiellement socialisée qui produit plus d’emplois, plus de crédit, plus d’investissements étatiques ​​- et le résultat est une croissance économique soutenue.

En interne, la lutte des classes ne va pas magiquement disparaître. Les pauvres vont consolider leur situation, au moins dans un état de classe moyenne inférieure. Quant à la classe moyenne émergente et la classe moyenne supérieure, elles aspirent à plus de consommation. Le cancer au c ?ur du chavisme est essentiellement l’inefficacité et la corruption ; c’est la grande bataille interne à gagner. Comme le soutient James Petras, la clé de la réussite progressive des politiques sociales de Chavez est dans une lutte sérieuse contre la corruption dans la politique locale et dans l’administration.

En termes d’intégration de l’Amérique latine, il y a aussi de bonnes nouvelles. Le Venezuela est maintenant membre du Mercosur. Avec une intégration économique renforcée, il connaîtra une plus grande intégration politique dans l’Unasur - véritable syndicat de l’Amérique du Sud.

L’Amérique du Sud est engagée aujourd’hui dans un débat plus large sur l’émergence d’un inévitable consensus avec Washington. Deux écoles s’opposent : le chavisme, et ce qui a été présenté comme le consensus de Brasilia.

Le Chili, la Colombie et l’Uruguay peuvent être considérés comme des partisans du consensus de Brasilia - et même le Pérou, sous la présidence d’Ollanta Humala. Le consensus de Brasilia est évidemment synonyme de « Lulismo » - d’après le très populaire président brésilien Lula, qu’Obama a bien voulu considérer comme « un bon bougre ».

Le chavisme est cependant populaire en Bolivie et en Équateur. Puis il y a ceux qui hésitent - comme l’Argentine et le Paraguay, ce dernier avant le coup d’État contre Fernando Lugo.

Pourtant, pour l’essentiel ce qui est en jeu représente des différences mineures du point de vue du degré de socialisation de l’économie et de la poursuite d’une politique étrangère indépendante. Le modèle de base est partagée par tous : mettre l’accent sur la croissance économique, l’égalité sociale, la démocratie réelle et l’intégration progressive.

Un chavisme plus sobre, moins conflictuel et moins personnalisé fera des merveilles pour l’intégration latino-américaine. Mais d’énormes obstacles subsistent sur cette voie - comme le coup d’État au Paraguay, le coup d’État au Honduras, la manipulation des préoccupations écologiques afin de déstabiliser la Bolivie, l’obsession perpétuelle à Washington de diaboliser Chavez. Et il y a quelque chose que la majorité écrasante de l’Amérique latine ne peut pas oublier : la quatrième flotte américaine qui la surveille.

* Pepe Escobar est l’auteur de Globalistan : How the Globalized World is Dissolving into Liquid War (Nimble Books, 2007) et Red Zone Blues : a snapshot of Baghdad during the surge. Son dernier livre vient de sortir ; il a pour titre : Obama does Globalistan (Nimble Books, 2009).

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8 octobre 2012 - Al Jazeera - Vous pouvez consulter cet article à :
http://www.aljazeera.com/indepth/op...
Traduction : Info-Palestine.net - Claude Zurbach


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